AFROCENTRISME, vous avez dit Afrocentrisme ? Cette vision du monde, qui tend à présenter l’histoire d’un point de vue africain ou de celui de la diaspora, n’a rien à voir selon qu’il soit « à la française » ou du point de vue de nos cousins, Outre-Atlantique. L’afrocentrisme trouve en fait ses racines aux USA, avec les travaux de W.E.B Dubois, créateur de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), suivi par le Président ghanéen Kwame Nkrumah, qui initiera la rédaction de l’Encyclopedia Africana ( aujourd’hui dirigée par le professeur de Harvard Ernest J.Gaines). La mission principale était de rendre à l’Afrique ses lettres de noblesse, en révélant la participation du continent africain à l’écriture de l’histoire de l’humanité, à une époque d’infériorisation et de bestialisation de l’homme noir. Cheikh Anta Diop suivra cette lignée en démontrant les origines noires de l’Egypte ancienne. Ainsi le mot Khemit est mis en avant, comme fédérateur des Noirs du monde. Dès après Marcus Garvey, des dérives ont lieu : des mouvements khémites naissent, on parle alors de nations khémites, et tout devient prétexte à ré-interprétation : dans les rues de Chicago ou de Los Angeles, des preachers assènent leurs vérités. Ainsi, on apprend que Mozart était noir, Beethoven aussi, sans oublier Thomas Edison, l’inventeur de la lumière, ou Jésus-Christ, et tous les apôtres (Judas était blanc bien sûr). L’Amérique noire recherche encore son identité. Toutes les grandes villes américaines ont leur festival africain, ODUNDE par exemple à Philadelphie. Pour l’occasion, on sort son boubou, on joue du tam-tam, et l’on participe à des cérémonies souvent Yoruba, comme si cette immersion de 2 jours pouvait répondre à toutes les questions pendantes d’un peuple acculturé, en surface, mais reconstitué à travers une nouvelle identité, la culture afro-américaine. Les Noirs de France ne connaissent pas ces errances identitaires. Tout du moins, pas jusqu’à récemment, lorsque toute une génération en mal de racines ne cherche son reflet dans cette société française qui la nie. Alors on fait un bon en arrière, on s’approprie une pensée radicalisée, dite khémite, qui n’est plus adaptée à notre époque, à notre connaissance du monde noir actuel. On fabule, on erre. Nos anciens, Césaire, Senghor, Glissant n’ont pas dormi, eux, et ont laissé à la postérité leurs travaux visionnaires et leurs pensées évolutives et inclusives des modifications de notre société. Le Congrès International des Ecrivains et Artistes Noirs de 1956 en est sans doute le plus criant des exemples. Sommes nous restés sourds ou aveugles, pour finalement s’approprier un mode de pensée en rupture des recherches de nos prédécesseurs ? Se nourrir de l’histoire africaine est une chose, car comme le dit bien l’adage « si tu ne sais pas d’où tu viens, tu ne sais pas où tu vas » et Dubois, Nkrumah ou C.A.Diop l’ont très vite compris. Mais s’abreuver de fantasmes ou de mensonges en est une autre. Et là, la quête reste alors sans fin, une faim de connaissance qui nourrit la haine et le ressentiment. L’ignorance tue, et l’Afrocentrisme nous a permis de rester vivants. Les Noirs de France devront à leur tour sortir de cet écueil et trouver leur voie : l’Afropéanité sans doute.
H.
Déc 2006
REVOLUTION is DANCING







